Nathalie a la voix bouleversée. « Marc était assis à côté du conducteur, racontat- elle la voix tremblante. C’est ce qui l’a sauvé d’ailleurs, car s’il avait été assis derrière, on aurait pu

Nathalie a la voix bouleversée.
« Marc était assis à côté du conducteur, racontat- elle la voix tremblante. C’est ce qui l’a sauvé d’ailleurs, car s’il avait été assis derrière, on aurait pu l’enterrer avec la moitié de la voiture qui a été arrachée. Arrachée, littéralement. Tu vois une belle voiture qui a l’air solide, et tu ne sais pas qu’en réalité, c’est une fine plaque de métal qui se déchire comme rien !
– Et comment va-t-il maintenant ?
– Il est blessé, assez gravement. Il est dans le coma. Tant qu’il ne se réveille pas, on ne saura rien.
D’après les examens, la tête n’est pas touchée, mais on ne peut rien savoir avant qu’il ne se soit réveillé.
– C’est arrivé il y a combien de temps ? Quand a eu lieu l’accident ? »
De nombreuses heures ont passé depuis l’accident. Il a d’abord fallu le transporter à l’hôpital, puis l’identifier, puis prévenir sa famille qui ensuite a fait part de la nouvelle à son entourage. Pendant tout ce temps, il n’a pas repris connaissance…
« Tu es sûre qu’on ne l’a pas endormi ?
– Oui. Les médecins disent qu’ils ne l’ont pas endormi. Les blessures qu’il a subies au corps, il s’en sortira, ce n’est pas pour cela qu’on est inquiet.
Ce qui est vraiment inquiétant, c’est qu’il ne se réveille pas. Et quand il se sera réveillé, on espère qu’il n’aura pas perdu ses facultés…
– Oh ! Ne dis pas cela ! s’écria Stéphanie en frissonnant.
– Marc était si… si plein de vie ! Si empli de vitalité et de joie ! Il était toujours aimable. Partout où il arrivait, il apportait le rire, la bonne humeur et l’optimisme. Est-il possible que cet homme soit dans le coma à l’hôpital ? »
Nathalie ne pleurait pas à chaudes larmes mais Stéphanie l’entendit se moucher. Elle la comprenait : Marc était un vieil ami de la famille qui les avait très souvent aidés. Stéphanie éprouva de la pitié pour le blessé, ainsi que pour son amie inquiète.
« Donne-moi des nouvelles, Nathalie, dit Stéphanie. Et prie ! Prie de tout ton coeur. Moi aussi je vais prier et je vais demander à Sophie de réciter des Téhillim. A part cela, nous ferons un don à Koupat Ha’ir ; fais-le toi aussi. Chaque prière est influente, chaque don aide. Nous ferons pour lui tout notre possible. »
Nathalie semblait un peu rassérénée et Stéphanie put raccrocher avec un sentiment de soulagement.
Elle chercha sa fille des yeux pour lui demander de prier pour le blessé. Elle écrivit son nom et le nom de sa mère sur une feuille blanche, qu’elle fixa à l’aide d’aimants sur le réfrigérateur : Yaacov Jacky ben Vivianne Rachel. Elle tremblait d’y penser : un homme sort de chez lui le matin et au lieu d’arriver à destination, il est pris dans un grave accident de la route et se retrouve à l’hôpital. Comme c’est terrible !
Sophie était penchée sur un livre de Téhillim et récitait un chapitre après l’autre. Au regard interrogateur de sa mère, elle lui montra son mobile.
Après avoir appuyé sur les touches, elle lui fit apparaître le message sms qu’elle venait de recevoir:
Récitez s’il vous plait d’urgence des Téhillim pour la guérison de Yaacov Jacky ben Vivianne Rachel qui a été grièvement blessé dans un accident de voiture.
« Ah ! Tu lis des Téhillim pour lui ? demanda Stéphanie, étonnée de la coïncidence. A l’instant, Na thalie vient de me parler de lui, justement de cet homme-là. C’est un ami de sa famille. Elle est dans tous ses états, la pauvre. Je lui ai parlé longtemps au téléphone jusqu’à ce qu’elle se soit un peu calmée. Elle n’arrive pas à se représenter cet homme si gai dans le coma. »
Sophie hocha la tête, et continua à prier. Stéphanie alla chercher son livre de Téhillim et s’arrêta près de la boite de tsédaka de Koupat Ha’ir posée sur une étagère de l’entrée. Elle préfère toujours faire ses dons par carte bancaire, pour que l’argent parvienne immédiatement aux pauvres. Mais elle laisse la boite devant elle pour lui servir de rappel.
« Je peux faire quelque chose pour cet homme, pensa Stéphanie. Il est vrai que je ne le connais pas mais c’est un Juif, et moi aussi. Il est en danger et moi, j’ai un moyen de l’aider. Pourquoi ne pas le faire ? »
Cette pensée l’emplit d’enthousiasme. Elle reprit son mobile en main et composa le numéro de Koupat Ha’ir qu’elle connaissait par coeur car elle l’utilisait souvent. Elle expliqua à la téléphoniste qu’elle désirait donner 100 euros et lui demanda de transmettre le nom Yaacov Jacky ben Vivianne Rachel aux Rabbanim pour qu’ils prient pour sa guérison.
« Maman ? Tu connais le blessé ? demanda Sophie.
Pourquoi as-tu donné 100 euros pour lui ? C’est une très grosse somme !
– Est-ce trop pour sauver une vie ? Pour aider un Juif qui souffre ? Non. Je ne le connais pas du tout. Mais j’ai entendu parler de lui, et sa situation me fait de la peine. »
Ses mots émanaient d’un endroit nouveau qui venait de s’ouvrir en son âme. Elle se sentit grandir et s’approcher de D. Elle continua à réciter des Téhillilm et demanda le soir à son mari d’en faire autant. Chacun des membres de leur famille a prié pour
la guérison de Yaacov Jacky ben Vivianne Rachel après la récitation du Chéma au coucher.
Le lendemain matin, très tôt, Nathalie l’appela au téléphone. Lorsque Stéphanie vit son numéro sur l’écran, elle eut si peur qu’elle eut du mal à décrocher.
Pourquoi appeler si tôt le matin ? Y avait-il de mauvaises nouvelles ?
Nathalie était enthousiaste : « Il s’est réveillé ! Il est sorti du coma ! » annonça-t-elle. Quelle joie ! Quel soulagement !
Un Juif inconnu vient de sortir du coma. Il ne fait pas de doute à Stéphanie qu’elle a une part dans le miracle qui vient de se produire. Quel sentiment extraordinaire que d’aider un Juif qu’on ne connaît pas. N’est-ce pas encore plus touchant que de prier
et de faire un don pour un ami ou un parent ?