« Ecoute-moi, dit Bentsion, le responsable des colis alimentaires de Koupat Ha’ir. Il faut qu’on se décide. Nous perdons du temps.

« Ecoute-moi, dit Bentsion, le responsable des colis alimentaires de Koupat Ha’ir. Il faut qu’on se décide. Nous perdons du temps. Si nous ne donnons pas notre accord pour le hangar de Beer-Chéva, il finira par être pris lui aussi et nous n’aurons plus aucune solution.
– Tu as cent fois raison, répond Moché, son collègue. Nous n’avons peut-être pas le choix. Il faut louer ce hangar que nous avons l’habitue de louer, c’est tout.
– Et une fois de plus rencontrer ces complications… Payer des dizaines de milliers de chekalim en frais de transport jusqu’au centre du pays, en camions et ensuite en camionnettes… C’est vraiment dommage ! »
Bentsion est préoccupé. Dès la fin de Pourim, un défilé de camions dépose dans un hangar loué la marchandise cachère pour Pessa’h. En quelques heures, on installe des tapis roulants. Des centaines de bénévoles viennent emballer les dizaines de milliers de colis. Un travail impressionnant, mais difficile à organiser. Une fois prêts, les colis sont envoyés au domicile des milliers de familles qui les attendent avec impatience. Grâce à eux, elles pourront passer un beau Pessa’h, un Pessa’h où elles ne manqueront pas de provisions. Les enfants se sentiront pour une fois comme des rois, et pas comme des malheureux dépourvus de tout.
« Bon, avant tout, essayons de réserver le hangar de Beer-Chéva, dit-il.
Il compose le numéro et échange quelques mots avec le bureau à Beer-Chéva.
« Il est déjà pris ! dit-il en raccrochant. Il a été loué hier pour un an ! Tu n’as pas idée de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent ! J’ai cherché partout à Bnei Brak, Ramat Gan, Guivatayim, Guivat Chemouel, Kiryat Aryé, Petah-Tikva et Kiryat Ono. Dans toutes les villes du centre où on peut trouver de telles surfaces ! Soit les prix sont exorbitants soit les conditions sont impossibles. J’ai fait tous les compromis possibles, mais je n’ai encore trouvé rien qui puisse convenir, même difficilement.
– Tu as fait un don à Koupat Ha’ir ? »
Ils se mettent à rire. La question est bizarre. Koupat Ha’ir aurait-elle besoin d’un don pour elle-même ? N’est-ce pas évident que la Koupa est le plus grand don qui soit ? Ceux qui font des efforts pour elle ont-ils besoin d’un don pour voir la yéchoua ?
« Ce n’est pas parce que Koupat Ha’ir est entièrement don, entièrement bienfaisance, qu’elle ne peut pas bénéficier du mérite d’un don pour obtenir la yéchoua ! »
Bentsion accepte sa suggestion. Il sort un billet de son portefeuille et le glisse dans l’une des boites de tsédaka posées dans le bureau. Ils continuent à examiner les quelques possibilités qu’il leur reste.
La porte s’ouvre et quelqu’un passe la tête dans l’embrasure.
« Je suis responsable des haut-parleurs qui annoncent la tsédaka de Koupat Ha’ir dans les rues, dit-il. Mon haut-parleur vient de rendre l’âme. On est presque Pourim et je dois rouler avec ma voiture et le haut-parleur dans la rue Rabbi Akiva, là où il y a le plus de monde. Qu’est-ce que je vais faire ?
– Il y a à Petah-Tikva un magasin qui vend des pièces de rechange. Mais il est déjà tard. Il faut y aller tout de suite si on veut le trouver ouvert. Le propriétaire est doué de ses mains, il trouve le problème tout de suite et change la pièce. Sinon, ce haut-parleur va rester comme cela jusqu’à je ne sais quand. Aucun technicien à Bnei Brak n’acceptera cette réparation avant Pourim. »
Bentsion se lève pour accompagner l’homme à Petah-Tikva et l’aider à prendre une décision quant à ce haut-parleur. Ils montent dans la voiture et se rendent à Petah-Tikva.
« C’est dans quelle rue ?
– Imbar, répond Bentsion, qui continue à réfléchir au problème du hangar. 
Pourim est dans trois jours. Il y a de quoi devenir fou ! Que vont-ils faire ? Il ne remarque pas que le chauffeur inscrit par erreur sur son GPS le nom « Inbar » au lieu de « Imbar ». Ils traversent la ville et arrivent près de l’intersection Nahchonim.
« Eh ! Où tu m’amènes ? s’exclame soudain Bentsion. Je t’ai dit Imbar à Petah-Tikva et voilà que nous arrivons à Gibraltar !
– Tu as dit Inbar, et nous sommes à Inbar, dit-il en montrant à Bentsion les lettres Inbar sur son GPS. 
Bentsion n’avait pas fait attention parce qu’il était en train de téléphoner de son portable, et le chauffeur ne voulait pas le déranger.
« Pas Inbar, Imbar ! Nous sommes à l’autre bout de la ville ! Et chaque minute compte ! »
Mais avant que le chauffeur ne parvienne à faire demi-tour, le regard de Bentsion s’arrête sur un hangar. Le portail ouvert montre une file de camions garés. Cette immense surface semble abandonnée, mais de côté, une petite maison abrite des bureaux.
« Attends-moi une seconde ! Je voudrais jeter un coup d’œil ici ! » dit-il au chauffeur ébahi.
« Excusez-moi, Monsieur. Ce hangar est en service ? Est-il possible de le louer pour une petite période ? demande-il à l’employé.
– Vous n’avez pas vu la pancarte ‘A louer’ dehors ?
– Non, je n’ai rien vu. Sans le vouloir, je me suis perdu en route. »
Sans le vouloir ! Il voulait aller à la rue Imbar et est arrivé « par erreur » à la rue Inbar. Et là, il découvre un hangar correspondant exactement à ce qu’il cherche !
Ils louent cet immense dépôt pour une somme modique, le tiers du prix qu’il aurait payé pour un hangar situé dans un endroit désert, alors qu’il se trouve dans le centre du pays, à ¼ d’heure de route de Bnei Brak ! En outre, le propriétaire du hangar a une série de camions prêts à la livraison, qu’il met à la disposition de Koupat Ha’ir pour une somme dérisoire.
Oui, Koupat Ha’ir peut bénéficier d’une yéchoua grâce à un don à elle-même !