« Il faut décider comment nous ferons, dit James. – Ne parle pas de son enterrement alors qu’il n’est pas encore mort ! répond Irwin, énervé. – Si, je veux en parler. Ne croyez pas, ce n’est pas agréable pour moi non plus.

« Il faut décider comment nous ferons, dit James. 
– Ne parle pas de son enterrement alors qu’il n’est pas encore mort ! répond Irwin, énervé.
– Si, je veux en parler. Ne croyez pas, ce n’est pas agréable pour moi non plus. Paul veut être enterré en Israël, ce qui est une procédure longue et coûteuse. Il a tant souffert pendant sa vie qu’à sa mort au moins, je veux qu’il puisse avoir ce qu’il désire. Et si tu ne veux pas te retrouver vendredi après-midi, alors qu’il vient de mourir, à essayer d’organiser son enterrement… Vendredi, ce sera déjà trop tard, chabbat c’est chabbat, dimanche tout est fermé et on ne peut rien faire jusqu’à lundi. Alors bien que ce ne soit pas très réjouissant, pense aux détails qu’il faut déjà maintenant prendre en compte, et règle-les avant qu’il ne soit trop tard.
– Comment ? Tu veux faire un certificat de décès à quelqu’un qui est encore en vie ? intervient Sylvia. Qui sera d’accord de coopérer ? Le médecin ? Le directeur du service ? 
– Le même médecin qui nous a affirmé que Paul ne passera pas dix jours, répond James avec obstination. Ses poumons sont totalement rongés. Alors qu’il est enfin arrivé en tête de liste, c’est déjà trop tard. Comme toujours. Le pauvre ! Combien d’années lutte-t-il pour sa survie ? Et juste avant que son tour ne vienne de recevoir un poumon pour une greffe, il va mourir. C’est triste ; ça me brise le cœur. Qu’il ait au moins un enterrement honorable et qu’il puisse être enterré en Israël. Je ne pourrai pas me regarder en face si nous n’y arrivons pas. »
Irwin se lève de sa chaise et fait les cent pas.
« Comprends-moi. Cela m’est très désagréable d’organiser l’enterrement d’un homme encore vivant, dit-il. D’accord, il est à l’hôpital et il ne m’entend pas. Mais je n’arrive pas à me libérer de la sensation qu’il nous écoute.
– Cela fait un mois qu’il est endormi et sous respiration artificielle, lui rappelle James.
– Je le sais. Je sais. Je sais que tu as raison, et pourtant cela m’est désagréable. Que faut-il faire ?
– Préparer tous ses documents. Faire venir un représentant de la police pour qu’il voie que ce n’est pas quelque chose d’illégal. C’est une procédure habituelle, mais il vaut mieux la faire maintenant plutôt que d’être coincé à un mauvais moment. Il faut parler à la ‘Hévra Kadicha et leur demander comment agir… Tout cela, c’est ce que je sais qu’il faut faire, et il y a d’autres choses que je ne sais pas. Je n’ai pas d’expérience en la matière, D. merci.
– J’espère que tu n’en auras pas, ajoute Silvia avant d’éclater en sanglots. Quel homme remarquable c’était ! Il prenait des médicaments très forts, faisait de la physiothérapie, était paralysie et confiné dans sa chaise roulante, mais il gardait toujours son optimisme et sa joie de vivre ! Ses parents sont accablés. Mais depuis que James leur a promis qu’il s’occuperait de tout ce qui concerne l’enterrement, ils sont beaucoup plus rassurés.
– Et j’ai l’intention de réaliser ma promesse. Vous me regardez comme si j’étais un assassin, qui parle de Paul comme d’un mort alors qu’il est encore avec nous. Mais il ne sera pas avec nous très longtemps. Il n’y a malheureusement rien à faire. J’aurais été tellement content qu’il guérisse, mais il ne sert à rien d’espérer.
– Qui le dit ? l’interrompt Silvia. Qui dit que c’est un espoir vain ? Il est déjà arrivé en tête de liste pour une greffe des poumons. Le premier poumon qui arrivera, s’il est compatible, pourra lui être greffé. On peut encore peut-être le sauver !
– Mais tu sais, ils disent qu’il est dans un état si grave qu’il n’y a pas de raison d’essayer. Le médecin m’a dit qu’il ne lui reste quelques jours à vivre.
– C’est ce qu’ils disent ! Vous avez entendu parler de Koupat Ha’ir ?
– En quoi Koupat Ha’ir pourrait-elle nous aider maintenant ? »
Leur neveu Paul est très malade. Irwin a promis à ses parents âgés de les aider pour tout ce qui concerne la fin, et il demande qu’on l’aide à accomplir sa promesse.
« Vous savez que si Paul est vivant jusqu’à présent, c’est grâce à la bénédiction du Rabbi de Spinka ! Quel malade dans son état aurait vécu tant d’années sans greffe ? Si une bénédiction l’a maintenu en vie jusqu’à maintenant, elle continuera à le faire. Je veux promettre de donner de l’argent à Koupat Ha’ir si d’ici deux semaines, il reçoit un nouveau poumon et survit ! Si on promet à Koupat Ha’ir, ils transmettent le nom pour une bénédiction des Rabbanim. Comme cela, Paul aura une nouvelle bénédiction d’un tsaddik.
– Alors pourquoi deux semaines ? demande James. Je suis prêt à promettre que si en une semaine, il reçoit un nouveau poumon, et survit avec bien sûr, je donnerai une grosse somme à Koupat Ha’ir. »
L’atmosphère dans la pièce se transforme. On parlait auparavant de funérailles, mais on parle à présent de vie.
« Je pense que dans son état, même une semaine, c’est trop, intervient Anita, la femme de James. Je promets bli néder que si Paul reçoit un nouveau poumon dans les trois jours et que l’opération réussit, je ferai moi aussi un don à Koupat Ha’ir. J’ai quelques économies que je suis prête à offrir pour que Paul survive. 
– Alors si Paul reçoit un nouveau poumon dans les trois jours, Koupat Ha’ir recevra un don de chacun de nous ! résume Silvia. Et si c’est en une semaine, elle recevra de James et de moi-même, et si en deux semaines, de moi seulement. D’accord ?
– Moi aussi, j’ajoute une promesse s’il reçoit un poumon dans les trois jours, murmure Irwin. De toute façon, arrêtons pour l’instant de parler de son enterrement et commençons à prier et à avoir foi que Paul va vivre. »
La réunion se disperse, laissant un goût doux-amer dans la bouche des participants.
Un jour et demi passe avant que le père de Paul ne téléphone de l’hôpital, tout ému.
« Paul reçoit un poumon ! crie-t-il à James au téléphone. Il vient d’y avoir un accident mortel et la famille donne les membres de l’un des morts. Le poumon est un greffon compatible. Dis à tes frères de prier ! Demande à ta synagogue qu’on prie ! C’est une opération très compliquée et très dangereuse. Maman ne supportera pas la déception si Paul meure sur la table d’opération ou si la greffe échoue. Que D. aie pitié de nous ! »
La première pensée de James, c’est Koupat Ha’ir. Même pas deux jours ont passé ! Serait-on en tête de liste, cela peut prendre des mois pour trouver un greffon compatible ! Il téléphone à sa femme puis à son frère.
Paul est opéré et se remet peu à peu. Son corps ne rejette pas la greffe. Il reconnaît ses oncles lorsqu’ils viennent lui rendre visite et leur sourit.
« Je me sens beaucoup mieux, murmure-t-il. Vous avez sûrement prié pour moi, n’est-ce pas ? 
– Nous avons aussi fait un don de tsédaka, dit Silvia. Nous avons promis de l’argent à Koupat Ha’ir si tu recevais vite une greffe et guérissais.  Ce don a été utile, comme tu le vois ! »
Lorsque Paul fait ses premiers pas, muni d’une canne, il se sent un autre homme. Silvia recueille les quatre dons et téléphone à Koupat Ha’ir.

 

« C’est le prix d’un homme ! dit-elle à la standardiste, la gorge serrée. Un homme qui était plus mort que vif. Nous avons promis cet argent au milieu d’une discussion pour organiser son enterrement. Sachez que Koupat Ha’ir peut faire passer un homme d’une mort certaine à la vie ! »