« Je te dis que c’est ce qui va arriver, dit Jean-Claude. – Pourquoi es-tu si pessimiste ? Pense bien et tout ira bien, répond Sylvie malgré sa déception. Cela fait plusieurs semaines que telle est sa réponse lorsque Jean-Claude se lamente en faisant les cent pas dans la maison.

« Je te dis que c’est ce qui va arriver, dit Jean-Claude.
– Pourquoi es-tu si pessimiste ? Pense bien et tout ira bien, répond Sylvie malgré sa déception.
Cela fait plusieurs semaines que telle est sa réponse lorsque Jean-Claude se lamente en faisant les cent pas dans la maison.
– Je pense bien, je pense très bien, même.
Et parce que je pense bien, je comprends ce qui va nous tomber dessus. A cinquante ans, sans connaître la langue, sans expérience de travail ici en Israël – je vais rester sans travail. L’indemnité de licenciement sera vite épuisée. Et qu’est-ce que je vais faire quand je serai au chômage ?
– Je vais aider autant que possible, promet Sylvie pour l’encourager.
– Qu’est-ce que tu pourras faire ? Le ménage dans des bureaux ? Plier du linge dans un hôpital ? Combien ça gagne ? Et à part ça, je vais me trouver à 50 ans désoeuvré, incapable de nourrir ma famille ? »
Sylvie garde le silence. Que peut-elle dire pour le rassurer ? Jean-Claude est découragé. Ils sont arrivés en Israël voici dix ans, mais Jean-Claude a continué à garder son emploi français. Les merveilles de la communication ont rendu ce prodige possible. Il travaille par l’intermédiaire de son ordinateur relié aux bureaux de sa firme. Les mêmes heures, les mêmes jours, le même salaire…depuis 25 ans déjà. C’est un employé énergique, digne de confiance, dévoué et efficace. La firme n’avait aucune raison de le remplacer. Mais à présent qu’elle s’apprête à s’incorporer à une autre société plus grande, de grands changements s’annoncent. Jean-Claude sait que, tôt ou tard, il recevra une lettre de remerciement pour ses loyaux services, un chèque conséquent d’indemnité de licenciement, et un trou noir qu’il ne saura pas comment remplir.
Il sait à peine balbutier quelques mots d’hébreu. Il a trouvé une épicerie dont le propriétaire sait parler français. A la banque, on lui répond volontiers en anglais.
Au poste d’essence, il s’explique avec des gestes de la main, chez l’opticien, avec un mélange comique d’hébreu-françaisanglais.
Cela ne lui permet sûrement pas de trouver un emploi qualifié en Israël ce qui, de toute façon, est très difficile à son âge. Personne n’aime embaucher des employés proches de l’âge de la retraite.
Une semaine passe, puis un mois. Un jour, Jean-Claude quitte sa place à l’ordinateur, pâle comme un linge. Sylvie n’a pas besoin de plus qu’un regard en sa direction pour comprendre que sa lettre de licenciement est arrivée.
Une atmosphère pesante descend sur la famille. Ils ont un joli appartement qu’ils ont acheté voici dix ans à crédit.
Comment paieront-ils les mensualités à présent ? Ils sont habitués à mener un train de vie semblable au leur en France.
Pourront-ils brusquement commencer à vivre comme des pauvres ?
Les premiers jours, Jean-Claude envoie des CV à tous les bureaux envisageables.
Ce qu’il écrit en français, un ami le traduit en hébreu. Jean-Claude envoie par fax, par courriel et par la poste des dizaines de CV accompagnés de recommandations.
Recevra-t-il une réponse ?
Deux semaines passent dans une grande tension : l’espoir et la peur de la déception leur serrent le coeur. Sylvie voudrait bien l’aider, mais ne sait pas comment.
Le jour de l’anniversaire de Jean-Claude, qu’il refuse de fêter, Sylvie réfléchit comment profiter de cette date pour égayer
l’atmosphère. Que faire ? Lui acheter un cadeau de prix alors qu’ils n’ont pas d’argent ? Aller au restaurant, et sentir ensuite qu’ils ont gaspillé plusieurs centaines de chéquels ? Il ne veut pas de tout cela ; la seule chose qui lui ferait plaisir, ce serait une réponse positive d’une des sociétés qu’il a contactées. Comment lui donner ce qu’il voudrait tant ?« Koupat Ha’ir ! » pense-t-elle soudain.
« Oui ! Koupat Ha’ir ! »
Elle a beaucoup entendu parler de Koupat Ha’ir. Au début, elle a haussé les sourcils ; après avoir entendu des histoires supplémentaires, elle a décidé d’essayer.
Elle s’est rendu compte à quel point Koupat Ha’ir améliorait sa qualité de vie.
Depuis, la tsédaka à Koupat Ha’ir fait partie de sa vie. Si un enfant a besoin de passer un examen difficile : Koupat Ha’ir.
Si quelqu’un est malade : Koupat Ha’ir. Si on est sur le point d’être en retard à un rendez-vous important : Koupat Ha’ir. A présent, elle sait comment aider Jean- Claude ! En faisant un don à Koupat Ha’ir !
“Ça, c’est un cadeau d’anniversaire!” se dit-elle. Elle écrit un chèque de cinq cent Chekels au profit de Koupat Ha’ir et demande qu’on transmette le nom de Jean- Claude à Rav ‘Haïm Kaniewsky pour une bénédiction.
C’est alors que Jean-Claude est invité à un rendez-vous par une société aux bureaux domiciliés tout près de chez lui. Le travail semble dans ses cordes, intéressant même. Jean-Claude craint de montrer à quel point il espère obtenir cet emploi, de peur que cette bulle d’espoir éclate. Sylvie n’a pas peur : elle sait comment cette yéchoua est arrivée.
Arrivé au rendez-vous, Jean-Claude constate à quel point cet emploi correspond à ce qu’il cherche. Il sait que son âge risque de rendre les choses difficiles, mais il n’y peut rien. Il a cinquante ans, c’est un fait.
Le directeur qui l’interviewe parle très bien l’anglais et ils se comprennent parfaitement.
Jean-Claude répond avec facilité aux questions du directeur. Il détaille son expérience, la raison de son licenciement, sa vie en Israël… Le directeur est satisfait de ses réponses.
Deux jours plus tard, Jean-Claude reçoit une réponse positive !
Quelle joie ! Quel soulagement ! Il n’est plus désoeuvré, il est capable de nourrir sa famille ! Et le plus important, c’est qu’il sent qu’on veut de lui et qu’on l’a choisi parmi tous les candidats !
Sa bonne humeur est contagieuse : Sylvie est heureuse elle aussi.
Koupat Ha’ir. Quelle merveille ! Qu’auraient- ils fait sans elle ?