« C’est impossible, dit la secrétaire en tapant impatiemment sur les touches de son clavier. Impossible !

« C’est impossible, dit la secrétaire en tapant impatiemment sur les touches de son clavier. Impossible ! Vous comprenez, l’hôpital où vous demandez à être admise n’a pas d’accord de travail avec notre Koupat ‘Holim (assurance-maladie). Vous pouvez vous y faire soigner en privé, en payant les frais de votre poche. Sinon, vous pouvez faire ces soins dans l’un des hôpitaux ayant un accord avec notre Caisse et être remboursée. Il n’y a pas de troisième possibilité.
– Mais dans tous les hôpitaux que vous me proposez, on me donnait rendez-vous dans des semaines seulement, répond Mikhal ! Cinq semaines, huit semaines, trois mois… Le médecin m’a dit que je dois subir ces soins rapidement.
– Le médecin a dit… D’accord, mais maintenant, il faut savoir si vous attendez le rendez-vous dans l’hôpital autorisé ou si vous payez de votre poche les soins dans l’hôpital de votre choix.
– Mais ce n’est pas ‘l’hôpital de mon choix’ ! Ce n’est pas que je le préfère aux autres ! C’est une question de temps. Je dois me faire soigner au plus vite. Est-ce que vous pouvez me trouver une date plus proche ?
– Je ne suis pas secrétaire de l’hôpital, vous le savez bien, répond-elle avec une agressivité qui blesse Mikhal. Je ne peux pas inventer de rendez-vous. Si vous avez rendez- vous avec un hôpital qui travaille avec nous, je peux vous fournir le document
assurant le paiement des soins. Sinon, je ne peux rien faire pour vous. Y a-t-il autre chose que vous désirez ? »
Mikhal quitte les lieux, frustrée. Son état n’est pas dangereux, mais le médecin lui a dit clairement de faire ces soins rapidement.
Trois mois ! Tous les hôpitaux avaient des dates à peu près semblables, sauf un seul qui lui a proposé un rendez- vous la semaine suivante. Si elle ne se dépêche pas de réserver cette place, il est probable qu’elle sera bientôt prise.Mais comment la fixer si elle ne peut obtenir la prise en charge de son assurance- maladie ?
Elle téléphone à son mari et lui raconte en quelques mots la situation. Il est bien sûr au courant de ses efforts pour obtenir rapidement un rendez-vous. Il est désolé d’apprendre qu’elle ne peut obtenir de prise en charge pour l’hôpital lui offrant le rendez- vous le plus proche.
« Je connais quelqu’un qui a du piston un peu partout, lui dit-il après quelques secondes de réflexion. Je vais essayer de lui demander de faire quelque chose. Attends. »
Elle sort et fait les cent pas devant l’immeuble pendant que son mari s’adresse à son ami. Après plusieurs coups de téléphone, l’ami abandonne : « Même les gens bien introduits m’ont dit qu’il n’y a aucune chance. Ce n’est pas la peine d’essayer. La Koupat ‘Holim a ses accords avec certains hôpitaux et n’assure de prise en charge que dans ceux-là. »
Mikhal apprend les résultats de cette tentative et sent que la route est barrée.
« Je fais un don à Koupat Ha’ir, annonce-telle à son mari. D’accord ? Combien tu penses qu’il faut donner ? »
A la fin de la conversation, Mikhal passe un coup de fil à Koupat Ha’ir, fait un don et demande de transmettre son nom aux Rabbanim « pour que les soins soient effectués d’ici une semaine ».
Beaucoup plus sûre d’elle à présent, elle retourne au bureau.
« Je vous prie de transmettre à la Direction ma demande de prise en charge, dit-elle avec assurance à la même secrétaire.
– Mais je vous ai expliqué les conditions. La Direction n’acceptera pas. Ce n’est pas la peine d’essayer, il n’y a aucun précédent à
une autorisation de ce genre.
– Peut-être que le précédent, ce sera mon cas. Transmettez ma demande, s’il vous plait.
– Mais cela ne sert à rien, à rien ! Pourquoi ne voulez-vous pas comprendre ?
– J’ai très bien compris, la première fois déjà. Je vous demande de transmettre une demande exceptionnelle à la Direction.
– Et vous êtes bien consciente qu’elle ne l’approuvera pas ?
– Je veux transmettre une demande exceptionnelle.Parfaitement. J’ai fait ce que je devais faire de mon côté, et avec l’aide de D., cette demande sera acceptée si c’est bien pour moi. Tout ce que je vous demande, c’est de faire parvenir ma réclamation à la
Direction. »
La secrétaire hausse les épaules, tape quelque chose à l’ordinateur et demande froidement à Mikhal son numéro de portable.
Mikhal sort du bureau, absorbée par ses réflexions.
D’une part, elle comprend le point de vue de la secrétaire ; même les gens bien introduits disent la même chose. D’autre part… elle a fait un don à Koupat Ha’ir et D. est tout-puissant. Elle croit en la réalité spirituelle tout autant qu’en la réalité matérielle.
En attendant, elle rentre chez elle et commence à se préparer pour être libre la semaine suivante. Elle appelle sa directrice et lui fait savoir qu’elle sera absente, prépare des repas qu’elle dépose dans le congélateur et termine toutes ses lessives. Elle raconte à sa mère qu’elle pense, avec l’aide de D., faire ces soins à l’hôpital lui ayant proposé un rendez-vous la semaine suivante et explique à ses enfants qu’elle devra s’absenter. Malgré tout, elle sent monter en elle la tension.
Quatre jours plus tard, la secrétaire de la Koupat ‘Holim téléphone et lui annonce d’une voix indifférente que l’autorisation de prise en charge est prête et qu’elle peut venir la chercher au bureau.
Son coeur bondit. Voilà ! Elle a fait un don à Koupat Ha’ir et sa demande exceptionnelle a été acceptée ! Ah !
Lorsqu’elle appelle l’hôpital pour convenir des derniers détails, il s’avère que le rendez-vous qu’elle désirait a été pris.
« Le rendez-vous suivant est dans trois semaines » lui dit la secrétaire. Mikhal en a le souffle coupé. Mais elle accepte, faute de choix. Dans les autres hôpitaux, les rendez-vous étaient encore plus lointains que celui-là.
« Si nous y arrivons, nous vous ferons passer entre les autres rendez-vous.
– Très bien, vous y arriverez sans doute » répond-elle.
Mikhal est sûre que si une étape de cette bataille s’est passée de façon tellement surnaturelle, la prochaine se produira de la même façon. Et elle ne se trompe pas : le lendemain, on l’appelle pour la convoquer le jour suivant. Les soins ont bien lieu dans la semaine qui suit son don à Koupat Ha’ir…