« Un miracle pareil est déjà arrivé, pense Moché. Et s’il est arrivé une fois, il n’arrivera plus. C’est comme ça. Chaque chose arrive : quand il a sorti l’enveloppe de la poche de sa veste pour rembourser sa dette, il s’est rendu compte que ce n’était pas l’enveloppe qu’il croyait.

« Un miracle pareil est déjà arrivé, pense Moché. Et s’il est arrivé une fois, il n’arrivera plus. C’est comme ça. Chaque chose arrive
une seule fois ! »
D’abord, il y a eu la panique : quand il a sorti l’enveloppe de la poche de sa veste pour rembourser sa dette, il s’est rendu compte
que ce n’était pas l’enveloppe qu’il croyait.
C’était une vieille enveloppe vide d’invitation à un mariage. Où était donc son enveloppe ?
L’enveloppe contenant 3200 shekels ?
Il avait compté les billets pour être sûr de mettre la somme exacte dans l’enveloppe et de rendre sa dette à temps. Ensuite, il avait
glissé cette enveloppe dans sa poche et lorsqu’il a voulu l’en sortir, il a vu qu’elle avait disparu… Disparu ! Il a sorti rapidement
tout le contenu de sa poche, a retourné les autres poches par précaution, mais n’a trouvé ni enveloppe ni argent. Où a-t-elle pu passer ?
Des recherches affolées chez lui ne donnent aucun résultat. Autant qu’il s’en rappelle, il n’a rien sorti de sa poche sur son chemin ; il n’est donc pas logique de dire que l’enveloppe est tombée en route.
Où a-t-elle pu passer ?
Lorsqu’il informe sa femme de son inquiétude, la panique redouble d’intensité.
3200 shekels ! Comment les remplacer ? Où trouver de quoi rembourser cette somme ?
Il devra emprunter 3200 shekels de plus pour les rendre à son premier créancier. Qui lui fera un prêt ? Tout le monde vit tellement
difficilement ! Il a attendu des mois ce prêt qu’il doit rendre aujourd’hui. Quand parviendra-t-il à obtenir un autre prêt, et comment le rendra-t-il ? Il a ramassé peu à peu, shekel après shekel, ces 3200 shekels qui ont disparu. Il sait d’avance à quel rythme il pourra en rembourser d’autres…
Moché fait les cent pas chez lui puis décide d’aller à la synagogue en parcourant des yeux toutes les annonces collées sur les panneaux d’affichage et les stations d’autobus. Peut-être quelqu’un aura mis une annonce disant qu’il a trouvé une somme d’argent dans une enveloppe ? Il arrive souvent de voir dans les rues des annonces d’objets trouvés.
A la synagogue, il passe entre les bancs et les tables et regarde attentivement de tous côtés. En passant devant le Aron Hakodech, il embrasse le rideau de tout son coeur et murmure une prière. Il redescend de l’autre côté de l’estrade et continue son tour de la synagogue.
Il tente de se remémorer son emploi du temps depuis hier, du moment où il a préparé l’argent et l’a déposé dans l’enveloppe. Il est allé hier à la synagogue rencontrer le responsable du Gma’h (organisme de prêts sans intérêt) car il préférait lui rendre l’argent un jour plus tôt. Mais cet homme ne se trouvait pas à la synagogue et l’enveloppe est donc restée dans sa poche. Qu’a-t-il fait ensuite ?
Comme il était enrhumé, il a pris un mouchoir dans le paquet posé dans un coin.
Il a enfoncé des mouchoirs propres dans sa poche droite puis a continué à prier. Ensuite, il a cherché où jeter son mouchoir usagé
mais n’a pas trouvé de poubelle. Il l’a donc glissé dans la poche intérieure de sa veste.
Une lampe rouge se met à clignoter dans l’esprit de Moché. La poché intérieure de sa veste ! C’est la poche où se trouvait l’enveloppe contenant l’argent.
Bon… Et ensuite ? Ensuite, sa poche pleine le dérangeait. Il voulait enlever sa veste et s’asseoir étudier. Mais même lorsqu’il a
retourné sa veste pour la poser à côté de lui, la poche gonflée se voyait encore. Il est donc allé chercher une poubelle et y a vidé sa poche en une fois. L’enveloppe est peut-être tombée dans la poubelle en même temps que son mouchoir ?
Il est à présent certain que c’est ce qu’il s’est passé. S’il avait auparavant encore l’espoir de trouver son enveloppe quelque part, il pense à présent probable que les billets aient été déchiquetés par les dents de la benne à ordures.
Moché sent des ondes chaudes et froides lui monter dans le dos. Il a lui-même jeté à la poubelle une enveloppe contenant 3200
shekels ! Lui-même !
Il s’imagine raconter cela à sa femme et rougit de honte. Il ne sait pas quoi faire.
« Ils ont vidé toutes les poubelles hier ! Il n’y a rien à faire ! dit une voix intérieure raisonnable. Les poubelles ont été jetées dans le container des ordures, qui a été vidé dans la benne, qui a aussi certainement vidé son contenu au dépotoir. Prends une grande
respiration et dis-toi que l’argent est perdu. »
« Je vais faire un don à Koupat Ha’ir ! intervient une autre voix dans son esprit.
Mon don va déchirer le mauvais décret et je vais retrouver mon argent ! Je ne peux pas me permettre de chercher un autre prêt…
Ah ! Mais il y a déjà eu un miracle pareil où l’argent a été retrouvé dans la poubelle. Et si c’est déjà arrivé, cela n’arrivera plus. Un miracle arrive une fois pour montrer au public comment agir… Il ne servira à rien de faire un don. Accepte la décision du Ciel, il n’y a rien à faire.
Non ! Je veux faire un don. Ces arguments ne me dicteront pas ma conduite ! »
Il sort son portemonnaie, met 200 shekels de côté pour Koupat Ha’ir et sort chercher les ordures envoyées la veille au container. En chemin, il demande au responsable de l’entretien de la synagogue dans quel container d’ordures il jette habituellement les
paniers de poubelle.
« Dans le troisième, celui qui est près de la barrière, lui répond le responsable. Mais les éboueurs les vident tous en même temps. Pourquoi, vous avez perdu quelque chose ? »
Moché hoche la tête.
« Quelque chose d’important ? Un objet de valeur ? »
Il hoche la tête à nouveau.
Le responsable sort avec lui et garde sagement le silence. Ils savent qu’il n’y a aucune chance.
Aucune chance ? Vraiment ?
Deux containers parmi les trois sont presque vides ; ils ont été vidés la veille.
Le container près de la barrière est plein à craquer ; son contenu déborde et se répand même par terre. Pourquoi les éboueurs ne l’ont-ils pas vidé ? Pourquoi ?
Pour que Moché cherche par ci par là, trouve le sachet voulu, y plonge la main et en sorte son mouchoir et une enveloppe contenant 3200 shekels…